M. le Maire, Mmes et MM. les Conseillers municipaux de la majorité,
Quel gâchis ...
20 jours de conflit, dont 12 de grève, la désorganisation de services publics dus aux Castanéens, et les multiples manifestations de la désapprobation de beaucoup d'entre eux, pour que vous acceptiez enfin le dialogue avec votre personnel municipal.
20 jours de conflit parce que vous avez pris, sans aucune concertation, la décision d'augmenter le temps de travail annuel et de mettre fin aux jours de RTT et ceci sans aucune compensation financière.
Dans un courrier adressé à l'ensemble des Castanéens, vous avez tenté de justifier cette décision par l'état préoccupant des finances communales.
Mais les Castanéens ont de quoi être déconcertés ! En campagne électorale, vous indiquiez que les finances étaient saines et que cela avait été certifié par un rapport de la chambre régionale des comptes ; en Conseil Municipal au mois de juin vous teniez des propos lénifiants lorsque nous demandions si la capacité d'autofinancement n'était pas trop faible ; récemment vous affirmiez à certains que la commune serait au bord de la tutelle... puis vous annoncez pudiquement dans ce courrier que des « nuages s'amoncellent sur les finances communales »
Je veux ici, au sein de cette assemblée, pointer les approximations, les raccourcis et les contrevérités de votre argumentaire.
Vous dites que la commune subit le désengagement de l'Etat : c'est vrai. Celui-ci réduit de manière scandaleuse les dotations aux collectivités locales. Toutes les communes doivent faire face à cette situation. Il est malgré tout possible de gérer une commune sans dégrader brutalement les conditions de travail des employés les plus modestes, y compris dans un contexte national de désengagement de l'Etat. De nombreuses communes de l'agglomération toulousaine de taille comparable à Castanet le démontrent chaque jour. Mais rien ne vous oblige à accéder à toutes les nouvelles demandes de l'Etat, surtout si vous assumez votre opposition à la politique de Nicolas Sarkozy : vous pouviez obtenir 1 an de sursis pour la semaine de 4 jours à l'école et vous n'avez demandé aucune dérogation, vous pouvez encore refuser le traitement des passeports biométriques et vous affirmez qu'on vous les impose, etc. Nous avons parfois l'impression qu'au contraire vous faites du zèle.
Vous dites que la commune subit une situation économique nationale dégradée : c'est probable. Mais vous avez visiblement perdu tout sens de la mesure !
Vous évoquez un manque à gagner sur les droits de mutation de l'ordre de 50%, alors que l'association des Maires de France avance le chiffre de 5%. Une crise comme celle que vous décrivez, ce n'est pas Castanet en 2008, c'est la France de la Libération !
Autre argument : la hausse des taux d'intérêt. Vous aviez un mandat complet pour renégocier votre dette, et prendre des intérêts à taux fixes. Une hausse de 50 000 ¤ comme vous l'affirmez suppose une augmentation de près de 13% des intérêts que paye la commune. Auriez vous eu l'inconscience de soumettre l'ensemble de la dette communale à un taux variable alors que tout Maire bon gestionnaire assure la moitié de sa dette communale à taux fixe ?
Mais dans la série « c'est pas moi, c'est les autres », nous atteignons l'apothéose avec les subventions des autres collectivités locales. Quelques exemples, comme celui du Conseil Général, directement mis en cause dans votre tract : aucune demande de subvention n'a été votée depuis plusieurs mois par le conseil municipal. Pourtant, notre flotte de véhicule a été renouvelée, des aménagements d'espaces verts ont été réalisés, sans que le Conseil Général soit sollicité alors qu'il intervient massivement en appui des communes. Nous pouvons également pointer les dossiers incomplets, les projets engagés puis sans cesse modifiés, et, paraît-il, même une subvention accordée et non réclamée ... C'est votre négligence qui est en cause, pas le Département.
Que dire de l'évocation de la ligne à grande vitesse ? D'une part que ce n'est pas la commune qui est sollicitée pour une contribution financière, mais le Sicoval. D'autre part qu'il vous est toujours possible, si cet équipement vous parait inutile pour les Castanéens, de porter le refus de la commune au sein de la communauté d'agglomération ...
Le groupe des élus de l'opposition « Castanet en Mouvement » dénonce la méthode que vous avez employée, faite d'intransigeance et de mépris envers des personnels municipaux qui ont à c½ur de bien faire leur travail au service de tous les Castanéens.
Votre attitude est scandaleuse, parce qu'elle essaye d'opposer la population castanéenne à ses employés municipaux, en faisant croire que ceux-ci ne travaillent pas assez pour mériter leur salaire. Vous avez oublié de préciser que le salaire de 80% d'entre eux est inférieur à 1200¤ par mois. Vous oubliez aussi de dire que tous les accords sur l'aménagement du temps de travail résultent des négociations menées au moment de l'adoption de la loi sur les 35h, comme dans toute entreprise et toute collectivité en France. Vous-mêmes, d'ailleurs, avez reconduit ces accords en 2004, et avez même accordé des avantages supplémentaires en les justifiant publiquement afin de maintenir sur la commune un personnel motivé et compétent.
M. Lafon, MM et Mmes les conseillers municipaux, si votre employeur vous répétait sans cesse que vous coûtez trop cher, s'il menaçait d'externaliser votre travail, ou de vous remplacer par des emplois précaires au cas ou vous montreriez ouvertement votre mécontentement, qu'en penseriez-vous ? Si, de plus, il ne vous permettait pas d'avoir les outils nécessaires pour accomplir votre travail sous prétexte que ça coûte trop cher, qu'en penseriez-vous ? Combien de fois les services techniques ne peuvent répondre aux demandes d'entretien des bâtiments communaux, parce que remplacer l'ampoule grillée, le pneu lisse ou le joint qui fuit est, parait-il, trop cher ?
Pour nous, défendre un service public de qualité, à Castanet comme ailleurs, c'est important. Cela veut dire, entre autres, permettre au personnel de travailler dans de bonnes conditions de travail et de sécurité. Cela veut dire aussi, M. le Maire, avoir un certain respect pour ce personnel, et c'est bien ce qui semble vous manquer dans la période actuelle.
La commune n'est pas une boutique, et on ne gère pas le personnel comme on gère des stocks. On n'est pas, dans une commune, dans la course à la productivité, dans la recherche frénétique du profit. Dans une commune, on cherche à mieux vivre ensemble, on respecte l'humain, le citoyen, et on veille à offrir à tous le meilleur service public possible. Ce service public, M. le Maire, c'est le personnel municipal qui le porte, qui le fait vivre au quotidien.
Vous avez aujourd'hui trouvé un accord avec les grévistes et accepté le compromis. Ces deux dernières semaines laisseront des traces. Il vous reste à tenter de restaurer la confiance et à tenir, enfin, vos engagements. Sinon, gare au doigt de grève ...